Il fallait peut-être ça pour que le mot entre dans le vocabulaire courant : un showrunner, c’est quoi ? En gros, c’est un super scénariste et producteur, qui chapeaute une série. C’est souvent son créateur, mais pas toujours. Virginia Vosgimorukian est allé voir de l’autre côté de l’Atlantique comment ces maîtres à penser des séries US travaillent. Showrunners, série de 12 documentaires, est diffusée à partir de demain soir, mardi, sur Orange Cinémax. On y croise Alan Ball, Shawn Ryan, David Simon, Carlton Cuse et quelques autres grands noms. En 26 minutes, on reste parfois sur notre faim, et certains choix esthétiques — notamment les paysages américains au ralenti incrustés sur fonds verts qui défilent derrières les interviewés — sont assez laids, mais là n’est pas l’essentiel : Les propos des showrunners sont passionnants, tout comme ceux des collaborateurs qui les accompagnent à l’écran. Explications de l’auteure et réalisatrice du projet…
D’où vous est venue l’idée de cette série documentaire ?
Virginia Vosgimorukian : Orange Cinéma Séries avait envie de faire une série de documentaires autour des séries US, et s’est tourné vers nous. On ne voulait pas tomber dans le making of ou dans quelque chose de déjà vu, on a donc décidé de s’intéresser au processus créatif de ces séries. Les showrunners se sont alors imposés. On avait 12 épisodes à faire, on a donc contacté 12 showrunners. En parlant avec eux, on a évidemment abordé leurs séries…
Ça a l’air simple comme ça, mais coincer 12 showrunners de la trempe de ceux que vous avez interviewé, ça n’a pas du être facile…
La difficulté, ça a été de convaincre les premiers d’entre eux, qui y sont allé à l’aveugle, sans savoir à quoi ils allaient consacrer du temps – au moins 1h30 par interview. Ceux qui ont lancé la mécanique ont été Alan Ball (Six Feet Under, True Blood) et Clyde Phillips (Dexter). Ensuite, c’est un petit milieu, ils se sont parlé, je leur ai demandé des contacts, et ça m’a ouvert des portes.
Comment séduire à la fois le grand public et les fans avec un tel sujet ?
Je savais d’entrée de jeu qu’il serait impossible d’être exhaustif sur un format de 26 minutes. Ce serait imbitable pour les novices comme pour les spécialistes. Nous avons donc choisi des angles, des sujets plus précis, liés aux points forts de chacun des showrunners. Par exemple, Vince Gilligan, de Breaking Bad, revient sur l’épisode de la saison 3 sur la mouche. Les connaisseurs apprendront que Sony voulait faire un épisode moins cher, et les novices auront une occasion de voir décrypter une scène et de comprendre le fonctionnement de la série.
Il n’y a pas de commentaires et aucun recul critique. Pourquoi ?
Parce que les douze séries dont on parle sont toutes excellentes. Pour autant, il faut réaliser que nous avions plus de 6 heures d’interviews pour chaque documentaire, en comptant les showrunners, plus ceux qui travaillent avec eux, acteurs, producteurs, réalisateurs, etc. que nous avons aussi questionné. Nous avons donc du faire beaucoup de choix. En ce sens, il y a une sorte de commentaire par la sélection des réponses…
Parlons des collaborateurs que vous avez interviewés. Dans certains cas, ils prennent beaucoup de place. Par exemple, Glenn Close est très présente dans le docu sur Damages. N’est-ce par risquer le hors sujet ?
Ce sont les showrunners eux mêmes qui ont choisi les collaborateurs qui interviennent. Or, ils ont opté pour des gens qui travaillent à des postes importants pour eux. Par exemple, David Shore, le créateur de House, a opté pour des scénaristes, parce que ce qui compte le plus pour lui, c’est le scénario. Clyde Phillips, lui, a choisi son producteur, car il maîtrise le reste du processus. Enfin, la présence de Glenn Close n’est pas liée à sa célébrité : les créateurs de Damages ont des formations d’acteurs, et ils placent les comédiens au centre de leur réflexion. C’est l’angle du documentaire qui les concerne.
Visuellement, vous vous en tenez au minimum : vos intervenants devant des plans de paysages américains, quelques scènes de leurs séries, et un peu de musique. Pourquoi ce dépouillement ?
Je savais que si j’avais demandé à être sur les tournages, avec un côté making of, je n’aurais sans doute pas vu grand-chose, les intervenants auraient eu la tête ailleurs, et n’auraient jamais pu libérer 1h30 de leur temps. Quant aux images des séries, ça dépend du bon vouloir des studios. Au mieux, j’ai pu mettre 4 minutes d’extrait, au pire 2 minutes.
Pensez-vous à une sortie DVD ?
J’ai un distributeur. C’est en cours de signature. C’est important, car ces documentaires doivent être pris dans leur ensemble. Chaque angle est complémentaire, et c’est à la suite les uns des autres que ces 12 épisodes deviennent une plongée complète dans ce qu’est la création de séries américaines.
Showrunners, sur Orange Cinémax chaque mardi à 22h30.